Insubmersible
Daniel Darc. Trente ans après
Taxi Girl en indépassable mythe fondateur, revenu de tous les excès, de tentations Jean Genet en illuminations religieuses, le chanteur christique tatoué à l’extrême avait expérimenté une gloire tardive au cours d’un épisode flamboyant synthétisé par une paire d’albums chez Universal, au mitan des années 2000, accouchés par Frédéric Lo en partenaire vertébral.
Remercié par la major, d’aucuns prédisaient à
Daniel Darc un futur sombre et muet, mais voilà que l’icône du punk parisien rebondit chez Sony et avec un autre alter ego,
Laurent Marimbert, pianiste, comme un certain
Laurent Sinclair de riche mémoire...Aucun invité de prestige cette fois, sinon la mémoire gouailleuse d’une
Arletty éternelle en voix empruntée comme un hommage à un esprit de la rue depuis confisqué par les cercles hip hop. Et puis l’ombre d’Elvis, de
Keith Richards et
Richard Hell dans un
« C’était mieux avant » opératique.
La Taille de Mon Âme affiche un cousinage génique avec Christophe, aîné mètre-étalon d’un rock décharné et grandiloquent, tout en pathos et le (crève)cœur dans la main.
Pour enchâsser cette poésie écorchée vive,
Laurent Marimbert convoque cuivres et section de cordes, violoncelle hanté
(« Ana »), orgue Hammond, guide-chant modeste
(« Les Filles aiment les tatouages »), charango et banjo ténor
(« My Baby Left Me »), toute une liturgie sonore inusitée qui poussent l’organe darcien dans ses retranchements et lui donnent une liberté nouvelle, entre talk over de confidence (mânes de Gainsbourg en filigrane dans le majestueux
« Seul sous la lune ») et mélodies souffreteuses.
Le tout crée une atmosphère indéniable, faite de majesté et d’élégance à peine déglinguée d’un clochard céleste revenu des confins de l’expérience pour partager avec simplicité et chaleur ses émotions. Il va sans dire qu’il s’agit là d’un ALBUM, pas d’un rôti attendri à débiter par tranche de MP3, d’ailleurs il n’y a pas de tubes, juste des chansons majuscules, des moments rares, des mots qui vrillent et des musiques qui caressent la peau comme les muqueuses.
Survivant magnifique, enfant préservé, belle âme,
Daniel Darc avait encore ça à nous dire, et l’entendre réconforte. Comme une sincère prière, qu’est cet album hors du temps.